Vivons-nous une nouvelle révolution du côté des puces grâce à Nvidia ? J’ai bien l’impression que l’on va ressentir à nouveau les mêmes sensations qu’à l’annonce des puces M de chez Apple, mais version ++. Et franchement, j’ai hâte.
Lorsque Apple a annoncé la puce maison M1 et que l’on a pu mettre la main sur les premiers MacBook équipés de cette architecture, beaucoup n’y croyaient pas. Performance brute impressionnante, consommation ridicule ; le tout empaqueté dans un ordinateur portable avec tout ce qu’il y avait de plus premium : un excellent clavier, un trackpad de référence, un magnifique châssis, un écran ProMotion, un son remarquable… Bref, le MacBook Pro parfait.
Et d’itération en itération, nous voilà aujourd’hui avec les puces M5 qui continuent de repousser les limites. Apple a réussi quelque chose d’assez rare : rendre les compromis quasiment inexistants. Les Mac sont devenus des références dans presque toutes les catégories. Le MacBook Neo pour les budgets plus serrés, le Air pour 90 % des utilisateurs, puis la gamme Pro pour les besoins les plus exigeants.
Pendant ce temps, une autre révolution s’est développée en parallèle : celle de l’intelligence artificielle.
Cette fois, le moteur de cette révolution n’est pas Apple, mais Nvidia.
L’entreprise que tout le monde connaissait autrefois pour ses cartes graphiques destinées aux joueurs est devenue en quelques années la colonne vertébrale de l’industrie de l’IA. OpenAI, Anthropic, Google, xAI et pratiquement tous les acteurs majeurs du secteur s’appuient aujourd’hui sur du matériel Nvidia pour entraîner et exécuter leurs modèles.
Et voilà que Nvidia semble désormais vouloir reproduire ce qu’Apple a réussi avec ses puces M : contrôler l’ensemble de la plateforme matérielle.
La puce qui va démocratiser l’IA locale ?
Nvidia propose déjà une solution pour « démocratiser » l’IA locale avec le DGX Spark, un mini-supercalculateur que l’on peut connecter à son ordinateur afin de disposer d’une puissance de calcul impressionnante pour exécuter des modèles, développer des agents IA ou générer du contenu localement.
Mais cette solution reste réservée à une niche. À environ 5 000 €, elle nécessite toujours un ordinateur à côté et ressemble davantage à un accélérateur externe qu’à un véritable ordinateur du futur.
L’idée de Nvidia avec RTX Spark est beaucoup plus ambitieuse.
L’entreprise ne veut plus simplement fournir le processeur graphique. Elle veut fournir le cerveau complet de votre prochain ordinateur : le CPU, le GPU, la mémoire unifiée, l’accélération IA, les technologies graphiques et même l’environnement logiciel destiné aux agents intelligents. En d’autres termes, Nvidia veut désormais s’asseoir à la même table qu’Intel, AMD, Qualcomm et, dans une certaine mesure, Apple.
La puce RTX Spark embarque ainsi un GPU Blackwell de nouvelle génération doté de 6 144 cœurs CUDA ainsi que des Tensor Cores de cinquième génération spécialisés dans l’intelligence artificielle. Le tout est relié via l’interconnexion NVLink-C2C à un processeur Grace composé de 20 cœurs CPU haute performance.
L’ensemble partage jusqu’à 128 Go de mémoire unifiée.
Et c’est probablement ici que se trouve la véritable révolution.
Comme Apple l’a démontré avec ses puces M, disposer d’un gigantesque pool de mémoire partagé entre le CPU et le GPU permet d’éliminer énormément de copies de données, de réduire la consommation énergétique et d’accélérer drastiquement certaines charges de travail. Mais Nvidia pousse le concept encore plus loin.
La société annonce jusqu’à 1 pétaflop de puissance de calcul IA dans un ordinateur portable de seulement quelques millimètres d’épaisseur. Pour donner un ordre d’idée, on parle ici d’une puissance qui aurait été considérée comme totalement délirante dans un ordinateur portable il y a encore quelques années.
L’objectif est simple : rendre possible l’exécution locale de modèles d’intelligence artificielle gigantesques.
Nvidia affirme que les machines RTX Spark pourront exécuter localement des modèles de 120 milliards de paramètres avec jusqu’à un million de tokens de contexte.
Oui, localement. Sans serveur distant. Sans abonnement mensuel.Sans envoyer ses données personnelles dans le cloud.
L’ordinateur devient alors capable d’héberger son propre assistant personnel, capable de comprendre vos fichiers, vos applications, vos habitudes de travail et d’interagir directement avec votre système.
Et c’est là que l’on comprend réellement où Nvidia veut aller.
Le PC devient un collègue?
Pendant qu’Apple continue de vendre l’idée du meilleur ordinateur personnel, Nvidia et Microsoft semblent vouloir vendre quelque chose de différent : un ordinateur doté d’un véritable assistant résident.
Les deux entreprises travaillent conjointement sur une nouvelle couche logicielle destinée aux agents IA directement intégrés à Windows.
Nvidia introduit notamment OpenShell, un environnement permettant de contrôler précisément ce qu’un agent peut ou ne peut pas faire sur votre machine. De son côté, Microsoft ajoute de nouvelles primitives de sécurité directement dans Windows afin que ces agents puissent fonctionner de manière isolée et sécurisée.
L’idée est que votre ordinateur puisse exécuter des agents capables :
- d’utiliser vos applications ;
- de naviguer entre plusieurs logiciels ;
- de rechercher des informations dans vos fichiers ;
- de rédiger du contenu ;
- de générer des images ou des vidéos ;
- d’écrire du code ;
- d’automatiser des tâches complexes.
Et tout cela sans forcément quitter votre machine.
Si cette vision se concrétise, nous ne lancerons plus des applications. Nous déléguerons simplement des tâches. La différence paraît subtile, mais elle est énorme. Un peu comme lorsque nous sommes passés des lignes de commande aux interfaces graphiques.
Le retour de la machine ultime pour créatifs ?
L’autre domaine où RTX Spark risque de faire beaucoup de bruit est la création de contenu.
Adobe travaille déjà avec Nvidia pour reconstruire certaines parties de Photoshop et Premiere autour de cette nouvelle architecture.
L’objectif est ambitieux : doubler les performances dans les tâches mêlant graphisme, vidéo et intelligence artificielle.
Nvidia évoque notamment :
- le montage vidéo 12K ;
- le rendu de scènes 3D dépassant 90 Go ;
- la génération de vidéos IA en 4K ;
- l’utilisation de workflows ComfyUI extrêmement complexes ;
- des performances accrues dans Blender, Blackmagic Resolve et de nombreuses autres applications créatives.
Pour les créateurs de contenu, développeurs IA, artistes 3D ou monteurs vidéo, cela pourrait représenter la première véritable alternative crédible à l’écosystème Apple Silicon.
Mon sentiment
Je peux évidemment me tromper: on a déjà vu des annonces spectaculaires qui n’ont jamais réellement changé le marché.
Mais quelque chose me rappelle énormément l’époque de l’arrivée des puces M1. À l’époque, les fiches techniques semblaient presque trop belles pour être vraies, puis les premières machines sont arrivées et elles ont tenu leurs promesses.
Aujourd’hui, Nvidia promet un ordinateur portable capable de faire tourner localement des modèles géants, de générer du contenu IA, de monter de la vidéo professionnelle, de jouer aux derniers jeux AAA et de tenir une journée complète sur batterie.
Sur le papier, cela ressemble à un mélange entre un MacBook Pro, une station de travail IA et un PC gamer.
Si la promesse est tenue, nous ne sommes peut-être pas simplement face à une nouvelle puce.
Nous sommes peut-être face au premier ordinateur véritablement conçu pour l’ère de l’intelligence artificielle personnelle. Et j’ai hâte ++ !
PS: Microsoft, please ne chie pas dans cette techno. Il est putain de temps de faire de Windows l’OS du vrai IA.
